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Hanane Hajji Avocat vous explique : Promouvoir un site encourageant l’adultère est-ce illégal ?

Le 25 décembre 2020
La Première chambre civile de la cour de cassation dans un arrêt du 16 décembre 2020 a rendu une décision considérant que promouvoir un site de rencontres extra-conjugales en ligne n’est pas illégale.

La première Chambre civile de la Cour de cassation dans un arrêt du 16 décembre 2020 a rendu une décision considérant que promouvoir un site de rencontres extra-conjugales en ligne n’est pas illégale.
 
En l’espèce, une société américaine a procédé en 2015, à la publicité de son site par une campagne d’affichage sur les autobus, à Paris et en Ile-de-France.
Sur ces affiches figurait une pomme croquée accompagnée du slogan : « Le premier site de rencontres extra-conjugales ».
 
Une association catholique, a assigné la société afin de faire juger nulles les contrats conclus entre celle-ci et les utilisateurs du site. Au motif qu’ils étaient fondés sur une cause illicite.
 
Ses demandes ayant été rejetées en première instance et par la cour d'appel de Paris, l’association s'est pourvue en cassation, se fondant, notamment, sur l’obligation de fidélité entre époux édictée à l’article 212 du code civil.
 
La Cour de cassation rejette le pourvoi considérant que la promotion de site encourageant l’adultère n’est pas illégal.
 
Considérant premièrement, que si les époux se doivent mutuellement fidélité et si l’adultère constitue une faute civile, celle-ci ne peut être utilement invoquée que par un époux contre l’autre à l’occasion d’une procédure de divorce.
 
Constatant deuxièmement, que les publicités litigieuses ne proposent en elles-mêmes aucune photo qui pourrait être considérée comme indécente, ni ne contiennent d’incitation au mensonge ou à la duplicité mais utilisent des évocations, des jeux de mots ou des phrases à double sens.
 
Et retenant troisièmement, que l’interdiction des publicités litigieuses porterait une atteinte disproportionnée au droit à la liberté d’expression, qui occupe une place éminente dans une société démocratique.
 
 
« 5. L’article 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dispose que :
 
« 1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations.
 
2. L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire ».
 
6. Aux termes de l’article 212 du code civil, les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance.
 
7. Les principes éthiques et d’autodiscipline professionnelle édictés par le code consolidé de la chambre de commerce internationale sur les pratiques de publicité et de communication commerciale, notamment en ses articles 1 et 4, dont la violation peut être contestée devant le jury de déontologie publicitaire, n’ont pas de valeur juridique contraignante. En effet, si, selon l’article 3 de ce code, les autorités judiciaires peuvent l’utiliser à titre de référence, ce n’est que dans le cadre de la législation applicable.
 
8. L’arrêt énonce, d’abord, à bon droit, que si les époux se doivent mutuellement fidélité et si l’adultère constitue une faute civile, celle-ci ne peut être utilement invoquée que par un époux contre l’autre à l’occasion d’une procédure de divorce.
 
9. Il constate, ensuite, en faisant référence à la décision du jury de déontologie du 6 décembre 2013, que les publicités ne proposent en elles-mêmes aucune photo qui pourrait être considérée comme indécente, ni ne contiennent d’incitation au mensonge ou à la duplicité mais utilisent des évocations, des jeux de mots ou des phrases à double sens et la possibilité d’utiliser le service offert par le site Gleeden, tout un chacun étant libre de se sentir concerné ou pas par cette proposition commerciale, les slogans étant de surcroît libellés avec suffisamment d’ambiguïté pour ne pouvoir être compris avant un certain âge de maturité enfantine et n’utilisant aucun vocabulaire qui pourrait, par lui-même, choquer les enfants.
 
10. Il retient, enfin, que, si la publicité litigieuse vante l’ « amanturière  », « la femme mariée s’accordant le droit de vivre sa vie avec passion » ou se termine par le message « Gleeden, la rencontre extra-conjugale pensée par des femmes », ce qui pourrait choquer les convictions religieuses de certains spectateurs en faisant la promotion de l’adultère au sein de couples mariés, l’interdire porterait une atteinte disproportionnée au droit à la liberté d’expression, qui occupe une place éminente dans une société démocratique.
 
11. Ayant ainsi fait ressortir l’absence de sanction civile de l’adultère en dehors de la sphère des relations entre époux, partant, l’absence d’interdiction légale de la promotion à des fins commerciales des rencontres extra-conjugales, et, en tout état de cause, le caractère disproportionné de l’ingérence dans l’exercice du droit à la liberté d’expression que constituerait l’interdiction de la campagne publicitaire litigieuse, la cour d’appel a, par ces seuls motifs, sans conférer à la décision du jury de déontologie une portée qu’elle n’a pas, légalement justifié sa décision. »

POUR EN SAVOIR PLUS :

Arrêt n°798 du 16 décembre 2020 (19-19.387) - Cour de cassation - Première chambre civile